mercredi 16 avril 2008

Lettre posthume

Photo Isabelle Ferrier
Par Wilfried Chardon



Chère Mavra,

Je t’écris cette lettre car je me trouve dans une situation sans espoir. Cyril a combiné une opération dans laquelle j’ai toutes les chances de laisser ma peau. Si tu reçois cette lettre que je vais déposer à l’accueil du Hilton, c’est que la situation a été réglée à mon désavantage et que mon cadavre fait partie de ceux qu’on retrouvera sur les quais de Santa marina ou qui flotte dans sa baie.
On ne se connaît pas vraiment. Mais, à mon avis, tu es la personne toute indiquée pour me succéder à la tête de ma compagnie. Obtenir l’héritage est simple et ne te posera aucun problème : la succession se compose de titres au porteur que tu trouveras dans un coffre de la Helvetische Bundesbank de Berne. Le code d’accès au coffre est le :
060735 Z 78 WC et je joins la clé à ce pli.
Ma compagnie a actuellement une valeur d’environ trois millions cinq cent mille Reichmarks. Tu en es la seule et unique héritière si tu signes les bons aux porteurs qui dorment depuis deux ans dans ce coffre.
Pourquoi toi ? Très simple, abominablement simple. Tu es la seule, à l’exception de cet inspecteur Tarkov trop intelligent pour être flic, qui a les capacités pour reprendre ma compagnie. Le défi est important et je n’ai pas réussi à le gagner car je ne l’ai pas vu. Si tu acceptes la succession, il te faudra maintenir et agrandir ma société en jouant constamment de la rivalité entre Van der Welde et Mendoza. Ces deux – là ne s’en rendent pas compte mais il forme le duo idéal pour les intrigues les plus tordues. Heureusement, ils sont incapables de s’entendre et se manipulent constamment. Je sais depuis longtemps que Cyril Van der Welde désire prendre le contrôle de toute la filière de noix de coco vénézuélienne. Il n’a besoin que de mes navires. Pas de moi. Je compte sur toi, sur ton réseau international, sur ta pugnacité légendaire et surtout sur ton ambition. Elle est telle que tu accepteras de me succéder et de relever le défi que je te propose : détruire Cyril Van der Welde.
Je t’impose cette unique obligation. Voie-la comme la dernière volonté d’un mort. Libre à toi de te servir de Cyril mais ne le tue pas. Il mérite une mort lente, oublié de tous et sans une once de pouvoir. Tu dois le ruiner, l’évincer, le déshonorer. Je veux qu’il ait une mort public et non un coup de couteau dans une ruelle sombre. Je veux que tout le monde sache et s’en réjouisse. Je veux que ce soit une vengeance exemplaire et terrible et surtout je veux que ce soit toi qui la lui inflige car il t’adore. Tu seras à la hauteur, j’en suis convaincu. En fait, tu n’as pas le choix. Dés que tu me succéderas, il voudra te contrôler et prendre ta place.
Tu trouveras des alliés dans toutes les villes majeures de l’Europe. Ma compagnie est basée sur un réseau de contrebande. Tout a été mis en place par les dockers des principaux ports européens. Tu dépends d’eux pour le contournement des douanes mais ils dépendent de toi car tu leur apportes la façade financière légale. Prends contact avec Hans Distel qui dirige le syndicat clandestin des dockers de Hambourg. Il t’aidera, c’est mon cousin.
Rencontrer une tigresse comme toi a été le dernier moment intéressant de ma vie. Je te confie donc la dernière de mes volontés : inflige à Cyril Van der Welde une vengeance russe : froide et implacable.

Wilfried Chardon

mardi 8 avril 2008

Mort d’un candidat au Gau


Phot Sara




10 mars 1937
Hamburger Zeitung

L’armateur Wilfried Chardon a été exécuté dans la nuit du 8 mars sur le port de Santa Marina. Il ne pourra se présenter à l’élection au titre de Gauleiter de notre ville. Sa disparition serait liée à ses relations internationales.

Nous avons été récemment prévenus par nos confrères du Sol de Santa Marina qu’un de nos plus importants concitoyens avait trouvé la mort dans cette ville.
Mort exécuté.
Wilfried chardon, trader et armateur de la Hambourg World Export Cie, a péri dans des circonstances très particulières. Il semblerait en effet que ce jeune prétendant à la préfecture de Hambourg se soit retrouvé mêlé à une confrontation armée. Selon l’inspecteur Andrei Tarkov de la police santa marinaise, le corps de W.Chardon a été retrouvé au milieu d’un véritable carnage impliquant les membres d’un clan du grand banditisme russe. Il a ajouté que seul, le cadavre d’un assaillant avait été identifié. Il s’agirait d’un jeune vénézuélien Luis Vergoño. L’inspecteur Tarkov a aussi précisé que les assaillants étaient huit dont une femme qui a été blessée pendant l’opération. L’inspecteur considère que l’opération a été l’œuvre de professionnels qui connaissaient parfaitement les lieux et qui ont employé des armes de guerre. L’inspecteur a informé nos confrères que W.Chardon avait été abattu froidement d’une balle de 9 mm dans la nuque.
Un passé sulfureux.
Dans un précédent article, nous nous étions interrogés sur les origines douteuses de la richesse de W.Chardon. Sa prise de contrôle en 1933 de la Hambourg World Export Cie ne paraissait qu’un trompe-l’œil pour camoufler des activités illégales et plus lucratives que la vente de machine -outils dans les anciennes colonies allemandes. Nous avions ainsi démontré que les activités de Chardon le mettaient en relation avec un cabinet belge réputé pour sa défense constante des grandes pontes du trafic international. Il semblerait que W.Chardon, depuis le début de la guerre d’Espagne, assurait des transports illégaux d’arme vers l’Espagne pour le compte des communistes russes. Cela pourrait expliquer sa fin violente dans un hangar loué par des membres de la mafia rouge.
Réaction du favori à l’élection.
«Dans cet incident, la ville de Hambourg perd un de ses enfants les plus turbulents et les plus dynamiques. Mais ses origines prolétariennes et ses liens politiques avec la gauche extrémiste ne pouvaient que mener la ville qu’à sa perte. Je ne suis pas étonné d’apprendre que c’était un escroc et un agent rouge.» a déclaré son adversaire le docteur en droit Hugo Strasser du NSDAP.
Le corps de W.Chardon n’a pas été réclamé et son testament n’est pas connu. La Hamburger World Export est donc sans dirigeant. Les avoirs du décédé sont actuellement bloqués jusqu’à ce que sa succession soit réglée par le tribunal de grande instance.

jeudi 20 mars 2008

Extrait du journal de Mavra



Je me suis retrouvée sur Saturne, entourée d'ennemis. Europe est et restera le plus grand satellite de Jupiter et de l'Univers. Mais cette fois, j'ai bien failli être sacrifiée avec Callisto. J'avais pris le visage de Mavra Nicolaïevna Novogrochneïeva et Callisto celui des Yeux Noirs. Trahies ? Je me demande bien si ce n'est pas Callisto, trop heureuse de prendre tant d'importance. Pour qu'on la regarde, pour que l'on s'intéresse à elle, elle serait prête à vendre son âme au diable.


Je me suis rebellée. J'ai survécu. Je retournerai près de Jupiter et nous vaincrons ensemble Saturne.

lundi 25 février 2008

Extrait du journal de Mavra

Photo Sara
Par Mavra Nicolaïevna Vonogrochneïeva

Journal – Santa Marina

Ce soir, je suis contente. J'ai enfin pu contacter Esteban Mendoza. Il paraît qu'il ne faut plus l'appeler de la Kevinade. Je m'abstiens donc. Une lubie sans doute. De toute façon cela ne m'intéresse pas. C'est un gentil garçon en apparence du moins. Je me méfie. Disons qu'il n'est pas trop méchant et pas trop fourbe. Je le surveille car je suis toujours sur mes gardes, prête à frapper, mais jusqu'ici je n'ai pas eu à m'en plaindre. Il me livre régulièrement la marchandise. Je l'ai vu à Santa Marina avec Cyril van der Welde et Wilfrid Chardon. Je n'aime pas ça. C'est hommes sont prêts à tout. Moi aussi. Cela se terminera mal.

Je suis plus inquiète du comportement de Cyril Van der Welde. Il a un visage trop ouvert et trop franc pour être honnête. Et s'il était honnête, je m'en méfierai encore plus. Je ne connais pas d'honnêtes gens. Ils finissent toujours par trahir quelqu'un. Cyril Van der Welde se méfie de moi, je le sais et plus il se méfie, plus il semble sympathique et ouvert. Je ne sais pas vraiment à quoi il joue mais je crois qu'il a découvert d'où je venais. Tant pis. Au besoin, je le supprimerai. Il a un allié dans la place, le fameux trader, Wilfrid Chardon. Un type qui joue trop et qui ne m'apprécie pas. Il avait misé sur moi lors de mon combat contre ce pauvre Andreï Takov, ce petit flic qui s'est dérobé. Peur de perdre ou esprit chevaleresque ? Il perdra s'il continue car je n'aurai ni pitié, ni considération. Il est trop jeune et trop inexpérimenté mais dans quelques années, s'il vit toujours, il deviendra dangereux. Il a une bonne étoile. Je pense qu'il s'en sortira. A moins que mon étoile ne soit meilleure que la sienne.

Pour le moment, Stanislas Tichy est à l'écart. Il tourne autour de cette petite Lilas L.S. Snuk. Cette fille commence à m'être sympathique et elle m'aide sans le savoir à faire tomber de la sorte tous les hommes qui s'approchent d'elle. Ils sont hypnotisés et me laissent tranquille un temps. Cela m'avait été bien utile lorsque William Spade avait commencé à s'intéresser à moi.

Je déteste Natacha Philippovna. Depuis quelques temps, elle s'acoquine avec son ancienne rivale Emma Lonsdale. D'abord elle est russe. Ensuite elle est fonctionnaire. Dactylo à l'ambassade russe. Cela me déplaît car elle pourrait bien trouver à me nuire. Peut-être pourra-t-elle cependant m'être utile si elle peut être soudoyée. Après tout, si elle s'est rapprochée de la petite américaine Emma Lonsdale, il faut bien que l'une ait soudoyé l'autre. Si c'est Emma Lonsdale, abattue par la mort de son frère, qui vend des informations aux russes, c'est encore plus dangereux. Pour moi du moins car cela voudra dire que j'aurais plus de mal à venir à bout de Natacha Philippovna. Je dois tirer cela au clair rapidement. Avant d'être moi-même piégée.

Ma seule alliée pourrait être Ginna Gashwin. La petite serveuse. Elle n'est pas vraiment honnête et elle a tenté de tuer Lilas L.S. Snuk en l'empoisonnant. Cela me convient. J'ai de quoi la faire chanter au besoin. Pour le moment, elle se contente de me donner quelques renseignements lorsque j'en ai besoin. On entend beaucoup de choses dans les bars de Santa Marina. Elle s'est éprise d'un type sans histoire, Rock Grahïm-Diaz. C'est très bien. Cela l'occupe pour le moment et elle se tient tranquille.

J'ai appris que la mère de Esteban Mendoza va venir à Santa Marina. Une ennemie de plus. Je mettrai la petite Ginna sur le coup, il faudra aussi que je trouve un autre allié. Je crois que ce sera Yeux Noirs. On dirait que les gens sont hypnotisés par elle. Ce doit être son côté mystérieux.


samedi 23 février 2008

apparaître ou exister ?

Photo Isabelle Ferrier

Par Dracul


Chère Vénexiana,

Les vivants ont la fâcheuse coutume de confondre apparition et existence. Comme si, trop tôt lassés de l'impermanence des choses de ce monde, ils souhaitaient hâter l'avènement des temps derniers, l'heure où toutes choses deviendront manifestes. Une telle hâte révèle son malheureux destin à travers les querelles de ceux qui recherchent, bien maladroitement, de saisir la vie "dans sa totalité".
Si les contes, à la différence des leçons, invitent l'âme à avancer avec joie et prudence dans la vie, et non en sortir pour la comprendre, il est nécessaire que certaines choses n'y apparaissent pas, et je crois faire partie d'elles.

En des temps où la modélisation minutieuse de chaque parcelle d'existence n'avait pas encore conquis les coeurs et les têtes, les hommes craignaient moins les monstres qu'eux mêmes.
La tradition est formelle: un vampire ne pouvait pénétrer aucun foyer sans y avoir été auparavant invité. Une telle apparition venait donc déranger seulement les âmes assoupies ou engourdies par leur propre abandon.
Ainsi, une consommation soudaine du sang venait racheter une existence médiocre et libérer une vie par trop enfermée en elle même. Le vampire était une incarnation du jugement dernier: une métaphore de la vie qui passe d'une forme à l'autre, d'un temps à un autre, sans qu'aucun ne parvienne à l'achever ou la comprendre.

Hélas, les vampires ne sont que des immortels provisoires. Sans être soumis aux passions des vivants, ils restent toutefois attachés au temps et à ses vicissitudes.
Si cette nouvelle époque a facilité notre travail en accroissant le nombre de prétendants et par conséquent de victimes (malgré tout ce que les mauvaises langues colportent, nous sommes aussi "au service" de la vie, à notre manière), elle l'a également rendue terriblement ingrate.

Certains d'entre nous, les moins attachés sans doute à la poésie et au mystère de notre condition, en ont pris leur parti et se sont organisés en conséquence. Ils fonctionnent en association, obéissent à des conventions collectives et - ai-je même entendu dire - portent parfois leurs litiges devant les tribunaux. Les plus habiles ont même semble-t-il réussi à rendre publique (on dit vendre?) la destinée d'un des plus illustres d'entre nous (mon ancêtre) ce qui a résulté en une abominable déformation (l'usage mot sacrilège m'étant défendu, je fais de mon mieux).

Emportés par l'excitation, enivrés par le nombre, ils espèrent récolter le plus grand nombre d'âmes pour négocier leur rédemption avec le créateur...
Vanité.
Les plus fragiles par contre, pressentant l'aberration mais incapables de rester détachés d'elle, ont pris leur nature en horreur et refusent désormais de consommer une seule vie humaine. Ils s'alimentent (c'est bien le seul terme qui convienne) de poches de sang chirurgical récoltées à la sauvette, ou par des combines plus invraisemblables les unes que les autres. Malheureux qui confondent survie et destin, pensant trouver la récompense sans la peine, se félicitent de leur réservoir inépuisable d'astuces, de la connaissance qu'ils ont acquis de la nature humaine au cours des siècles. Leur vantardise parvient à peine à dissimuler à leurs propres yeux la bêtise uniforme dans laquelle leur condition les plonge.
Folies que tout cela.

Je crois personnellement, et ce malgré de fréquents accès de découragement, qu'il est encore possible de remplir son destin noblement.
Ainsi, je pense qu'il ne me sied pas d'apparaître dans un conte pour enfants. Les enfants doivent pouvoir rester enfermés en eux mêmes sans craindre les vampires, pour croître, et les monstres que leur âge leur permet d'affronter sont (et doivent être) nettement moins sérieux et redoutables - ne te méprends pas, je n'attribue pas ces deux caractères à ma propre personne, mais bien à ma (notre) fonction.

A l'heure où d'aucuns tentent de transformer en vampires des enfants morts du siècle dernier, pour faire peser ces sombres légions d'âmes en peine sur les enfants du siècle à venir, il ne me reste qu'à disparaître (pour un temps) afin de ne pas ajouter ma présence importune et laisser place à un rêve de croître.

Sereinement votre,

Jean Tsépésh (dit Dracul)

mercredi 20 février 2008

« On ne peut faire confiance qu’à ses ennemis. » Proverbe populaire de Médellin.

Photo Isabelle Ferrier
Par Cyril Wan der Welde





Cyril Van der WeldeCabinet Stadhouder Orange – Van der Welde18 quai Ernest Van DijckaalANTWERPEN
Le 13/02
A

Wilfried ChardonAgence Hambourg World Export29 Hanse StrasseHambourg

Prépare tes affaires, on se retrouve le plus rapidement possible au Hilton de Santa Marina. Estéban nous a préparé une superbe surprise : la sénora De Kevinade – Juez veut se venger des Russes. Estéban les a accusés d’être les commanditaires de l’attentat du 3/02. De plus, il semble que sa mère recherche aussi la délicieuse dynamitera anarchiste. Il faut qu’on l’intercepte. Estéban veut ramener sa mama au Venezuela. Il arrive par le premier bateau. A mon avis, on pourrait, par la même occasion, affaiblir le clan des Russes qui dominent le marché sud méditerranéen. En effet, Estéban vient d’hériter de toutes les terres paternelles et peut multiplier sa production par deux. Il nous faut de nouveaux débouchés et évincer les russes serait plus simple que de réorienter le trafic vers les USA. Les colombiens sont beaucoup trop puissants. Si on lance la mère d’Estéban dans une petite vendetta, on prépare le terrain pour nous. On doit juste la convaincre d’agir clandestinement pour ne pas nous mouiller. Nous lancerons les grandes opérations dés qu’Estéban aura repris ses esprits et son absence de scrupule habituelle. Assure les livraisons pour Mavra, tu peux la mettre au courant. Comme cela, on obtient un nouveau débouché pour tes activités espagnoles et une aide quasi-militaire contre les Russes. Franchement, je trouve que travailler avec Estéban rend la vie bien plus intéressante. Il faudrait qu’il nous réserve des surprises comme celle – là toutes les semaines. Au fait, ne préviens pas Estéban si tu t’arranges avec Mavra, ça nous donne une longueur d’avance sur lui et sa mère. Il aura trop besoin de nous pour sortir sa mère de ce guêpier et pour écouler sa marchandise si on récupère l’ensemble des réseaux européens.
Rejoins-moi vite à Santa Marina.

Cyril

PS : J’ai envoyé ma secrétaire au cabinet de Marseille pour qu’elle profite du soleil et surtout du pastis à outrance, une disparition naturelle en quelque sorte.

Maternelle vengeance

Photo Marie-Claire Bordaz

Par Esteban Mendoza


Estéban Mendoza
Casa de Mendoza
MARACAÏBO

A

Cyril Van der WeldeCabinet Stadhouder Orange – Van der Welde18 quai Ernest Van DijckaalANTWERPEN

By Air mail, MARACAÏBO, le 11/02

Il parait qu’il ya des jours comme ça, dit un adage européen. Pour ma part, c’est la première fois que je suis si abattu et si inquiet. Tout m’a réussi jusque là. J’ai hérité des terres de mon père, évincé mon futur beau – père. Malheureusement, je n’ai pas réussi avec ma mère. Non, elle ne m’a pas déshérité si tu crains cela, tout au contraire.
Mon ami Cyril, je t’écris, c’est rare. Mais j’ai fait une grosse, très grosse boulette. Ma mère est partie en Europe. Hier, elle a volé mon avion. Elle est accompagnée de Luis, le benjamin de Vergoño. Ils veulent se venger. Ma mère a réagi très violemment quand elle a appris l’attentat et elle a convaincu Luis, chasseur de caïman et pas plus futé que ces derniers, de faire le porte-flingue pour elle. J’espère que tu es encore à Anvers et que tu peux les intercepter en Europe. D’après le plan de vol, ils feraient escale aux Açores et s’arrêteraient à Santa Marina.
En fait, tout vient de la « soupe à la grimace » que je lui ai servie le lendemain de la mort de ce salopard de Vergoño. J’ai fait porter le chapeau de l’attentat aux Russes de Santa Marina, un règlement pour une cargaison perdue de poudre d’or guyanaise. Ma mère l’a cru. De plus, elle a appris par Arnold Homar, journaliste à l’Humanidad de Madrid, que Mavra qu’elle a vu boxer à Maracaibo, avait travaillé pour eux. Elle pense, à juste titre, que Mavra est l’artificière mais heureusement, elle ne connaît pas le bon commanditaire. Il faudrait la convaincre de revenir au Venezuela. Je compte sur toi pour agir au plus vite. J’espère que tu prendras contact avec elle avant qu’elle ne trouve Mavra ou qu’elle ne s’attaque aux Russes de Santa Marina. J’ai beau avoir renié son nom. Elle reste ma mère et d’ailleurs, elle m’a légué toutes les possessions paternelles avant de partir en chasse. Prend soin d’elle. Depuis que tu t’occupes des affaires de la famille, Elle t’a toujours accordé sa confiance. Je compte sur toi. J’arrive par le premier bateau.

Estéban Mendoza


PS : Tiens au courant Wilfried car ces relations avec les Russes sont sérieusement en danger et protège notre réseau européen car elle pourrait déclencher un conflit.